Ourasi naquit au mois d'avril 1980 au haras de son propriétaire-éleveur, Raoul Ostheimer, un sexagénaire sourd de naissance et quasi muet. Raoul travaille et vit dans son manoir en compagnie de son ex-épouse, Rachel Tessier, de dix-huit ans sa cadette. Mariés sous le régime de la communauté, ils n'ont pas liquidé leurs biens lors du divorce. Ils ont un fils en commun et s'arrangent pour payer les factures d'entretien des chevaux et celles du manoir, qui prend l'eau de partout. Chaque année, quand vient l'heure de débourrer les poulains, ils se les partagent selon leurs affinités. Rachel s'est entichée d'Ourasi, qu'elle surnomme son «papouille», tandis que Raoul le trouve mou, gras comme un boeuf. Et le petit Ourasi va si vite sur leur piste cabossée qu'il emballe Rachel comme elle ne l'a jamais été auparavant. Elle le débute à l'âge de 2 ans, mais, après quatre courses, elle est insatisfaite du driver, son ex, qui, handicapé par sa surdité, s'élance toujours en dernière position. Celle qui est la seule à croire au talent de l'alezan décide alors de le confier au pape de Vincennes, Jean-René Gougeon, qui deviendra son driver, puis son entraîneur. Car, malgré les victoires qui s'enchaînent, quelques défaites inexpliquées font douter Rachel Tessier d'être à la hauteur. A Vincennes, les professionnels masculins jasent. Et puis la piste d'entraînement du couple Ostheimer-Tessier est une vraie catastrophe, une allée sableuse truffée de nids-de-poule. La jeune femme remet alors totalement le destin de son «papouille» à Gougeon, dont les écuries sont à l'entraînement des trotteurs ce qu'hypokhâgne est à l'enseignement supérieur.